Les Accords d’Évian, l’Algérie sur la voie de la paix

Affiche promouvant la paix en Algérie
Affiche promouvant la paix en Algérie © ECPAD (Extraits de la vidéo ACT 6227)

Signés le 18 mars 1962, les Accords d’Évian, fruits de nombreux mois de négociations secrètes entre le gouvernement français et les indépendantistes algériens, mettent fin à près de huit années de conflit. Malgré la promulgation du cessez-le-feu, c’est dans la violence que l’Algérie, toujours plongée en pleine guerre civile, vit les prémisses de son indépendance.

Attentat à Sétif le 5 septembre 1956 à 10H30.
  • Attentat à Sétif le 5 septembre 1956 à 10H30.
  • Date de fin : 1956-09-05
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) :
  • Origine : SCA/Algérie (service cinématographique des armées en Algérie)
  • Référence : ALG 56-234 R2
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Deux des trois blessés graves allongés sur le trottoir. Au centre, un jeune homme, accroupi, tient la main de l'un des blessés et fixe le photographe au mome...


Mars 1962. Après de longs mois de négociations secrètes, les représentants du Gouvernement français et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) sont sur le point de trouver un accord qui mettra fin au conflit qui fait rage depuis près de huit ans en Algérie. Les peuples français et algériens espèrent refermer ce chapitre douloureux durant lequel ils s’entre-déchirèrent, un chapitre marqué par les promesses non tenues et l’incompréhension, la colère et la peur, la violence et les atrocités (torture, meurtres, fusillades, attentats, massacres) commises par les deux camps.


Simple guérilla lorsqu’elle est lancée en novembre 1954, l’insurrection armée menée par le Front de libération nationale (FLN) se transforme au fil des mois en une véritable guerre, bien qu’on ne parle alors pudiquement que d’« événements d’Algérie ». La proclamation de l’état d’urgence dans toute l’Algérie (août 1955) puis la mobilisation de l’armée (mars 1956) ainsi que le recours au contingent viennent confirmer qu’il s’agit bien plus qu’une opération de maintien de l’ordre. Profondément divisée entre partisans et adversaires de l’indépendance, l’Algérie française glisse dans le chaos, entraînée malgré elle dans un engrenage de représailles que rien ne semble pouvoir enrayer.


Malgré les victoires militaires, dont celle tactique de la Bataille d’Alger (janvier-octobre 1957), la situation empire. Le retour au pouvoir du général de Gaulle au printemps 1958 laisse espérer un sursaut, mais le héros de la France libre est rapidement confronté à la réalité d’une situation inextricable. De Gaulle propose à plusieurs reprises au GPRA de négocier, mais ceux-là refusent tant que la question de l’indépendance ne figure pas à l’ordre du jour. Le 16 septembre 1959, de Gaulle fait une importante concession et proclame le droit des Algériens à l'autodétermination, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles négociations.



Dix-huit mois de négociations

[Algérie, novembre 1960. L'arrivée de Louis Joxe, ministre des Affaires algériennes.]
  • [Algérie, novembre 1960. L'arrivée de Louis Joxe, ministre des Affaires algériennes.]
  • Date de fin : 1960-11-30
  • Lieu(x) : Algérie
  • Auteur(s) :
  • Origine : Vignal, Claude
  • Référence : D0370-008-001-0031
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Louis Joxe (1901-1991) succède à Nafissa Sid Cara dans les fonctions de ministre des Affaires algériennes (22 novembre 1960 - 28 novembre 1962).Note : avant ...

Une première rencontre entre les représentants du Gouvernement français et du GPRA se déroule à Melun en juin 1960, sans grand succès. Les pourparlers reprennent péniblement durant l’automne 1960. La victoire du « oui » lors du référendum sur l’autodétermination de l’Algérie, le 8 janvier 1961, conforte les pouvoirs publics : l’indépendance apparaît comme la seule issue possible au conflit. Les négociations n’en restent pas moins tendues, les deux camps ne parvenant toujours pas à s’entendre sur de nombreux sujets.


Le climat de guerre civile qui règne en Algérie ne facilite pas les négociations. Créée fin janvier 1961 en opposition à l’indépendance algérienne, l’Organisation armée secrète (OAS) multiplie les attentats en Algérie puis en métropole. L’organisation intensifie son action après la tentative de putsch de quatre généraux français, Raoul Salan, Maurice Challe, Edmond Jouhaud et André Zeller, dans la nuit du 21 au 22 avril 1961. Ses membres sont à l’origine de nombreux attentats qui firent plus de deux mille morts en Algérie. Alors que les négociations sont en cours près d’Évian, l’OAS « plastique » des commerces algérois dans la nuit du 5 au 6 mars. De nombreux civils trouvent également la mort lors d’actions menées par le FLN ainsi que lors de manifestations réprimées par la police française, notamment à Paris lors du « massacre » du 17 octobre 1961 et le 8 février 1962 à la station de métro Charonne.


Affiche promouvant la paix en Algérie  Affiche promouvant le cessez-le-feu en Algérie
Affiches faisant la promotion de la paix et du cessez-le-feu en Algérie © ECPAD (Extraits de la vidéo ACT 6241)

Les négociateurs se rencontrent à deux reprises en Haute-Savoie au printemps et à l’été 1961, d’abord à Évian-les-Bains du 20 mai au 13 juin, puis au château de Lugrin du 20 au 28 juillet. Les discussions progressent malgré des points de désaccord importants, dont la question du Sahara. Présidées par Louis Joxe, ministre d’État aux Affaires Algériennes, et Krim Belkacem, vice-président du GPRA et chef du FLN, les délégations se retrouvent à la mi-février 1962 au cœur du petit village des Rousses, dans le plus grand secret, afin de préparer les accords tant attendus. Les pourparlers débutent officiellement à Évian le 7 mars et débouchent sur la signature d’un accord, le 18 mars, qui met officiellement fin à ce qu’on n’appelle pas encore la « guerre d’Algérie ».


Le cessez-le-feu et l’indépendance constituent les deux principales clauses de l’accord conclu entre les deux parties. Outre l’arrêt des hostilités entre les forces armées françaises et algériennes, qui doit être appliqué à partir du 19 mars à midi, le texte prévoit la libération des prisonniers ainsi qu’une mesure d’amnistie. Il précise également les conditions d’organisation d’un référendum d’autodétermination dans un délai de trois à six mois. Dans le cas où la voie de l’indépendance serait choisie, il est stipulé que le statut des « pieds noirs », habitants européens d’Algérie, devra être respecté et leur sécurité assurée. Du point de vue militaire, la France conserve la base militaire de Mers-el-Kebir pour une durée de quinze ans renouvelable et l’autorisation d’utiliser pendant cinq ans les centres d’expérimentations du Sahara, dont la base de lancement de fusées d’Hammaguir.



Une paix source de violence

Loin de mettre fin aux hostilités comme cela était prévu, les Accords d’Évian provoquent une recrudescence de la violence, chez les partisans de l’indépendance comme chez leurs opposants. Mécontente du tour qu’ont pris les négociations, l’OAS est prête à tout pour empêcher l’indépendance de l’Algérie. Le 19 mars, jour d’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le général français Raoul Salan, chef de l’OAS recherché depuis sa participation au putsch des généraux, donne l'ordre aux combattants français « de harceler toutes les positions ennemies dans les grandes villes d'Algérie ». C’est le début d’une nouvelle période de troubles durant laquelle la liste déjà longue des victimes s’allongera.


Face à la multiplication des attentats visant aussi bien les civils que les forces de l’ordre, l’armée française investit les quartiers d’Alger pour maintenir l’ordre. Le 23 mars, des hommes de l’OAS attaquent un camion transportant des appelés du contingent avant de se retrancher dans le quartier de Bab El Oued : l’armée riposte aussitôt, encercle la zone et lance l’assaut. Aidés par des habitants, les membres de l’OAS réussiront à s’échapper du quartier bouclé, qui restera sous couvre-feu pendant deux semaines. Trois jours plus tard, le 26 mars, des partisans de l’Algérie française descendent dans la rue pour crier leur colère. La manifestation tourne au bain de sang lorsque des militaires ouvrent le feu sur la foule massée dans la rue d’Isly, faisant au moins une cinquantaine de morts.


Soldats de l'armée française surveillant des rues en Algérie  Soldats de l'armée française bouclant le quartier de Bab El Oued
Soldats de l'armée française surveillant une rue et bouclant le quartier de Bab El Oued après les Accords d'Evian © ECPAD (Extraits de la vidéo ACT 6246)

Attisées par les actions de l’OAS, les représailles du FLN gagnent également en intensité et en violence. À la mi-avril, le front déclenche une campagne d’enlèvements et de meurtres visant les civils français et ceux qui les soutiennent, les anciens harkis en tête. Environ soixante mille Algériens engagés comme supplétifs dans l’armée française sont massacrés par les forces armées du FLN dans les mois qui suivent le cessez-le-feu, et ce malgré la garantie de leur sécurité prévue par les Accords d’Évian.


Le 8 avril 1962, le peuple français est invité à se prononcer sur le sort de l’Algérie française. À la question « Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et concernant les accords à établir et les mesures à prendre au sujet de l'Algérie ? », 90% des votants répondent de manière positive. Fatigués par la guerre, l’instabilité politique et la violence, les Français choisissent l’indépendance de l’Algérie. C’est le début de l’exode pour des centaines de milliers de pieds noirs qui, pour la plupart, ont toujours vécu en Algérie. Il faudra encore de longs mois pour que le calme revienne dans le pays, la proclamation de l’indépendance le 5 juillet ne suffisant pas à apaiser les esprits. Soixante ans plus tard, la fracture entre les communautés française et algérienne ne s’est toujours pas complètement refermée.


Pour aller plus loin

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Découvrez également le documentaire C'était la guerre d'Algérie, coproduit par l'ECPAD.


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