reportage

Avec les défenseurs de Na San.

Photographe(s) : Henri Carrignon


Portraits des défenseurs du camp de Na San en novembre 1952, parmi lesquels des tirailleurs du 2/6e RTM (2e bataillon du 6e Régiment de tirailleurs marocains) tenant le PA 24 (Point d'appui), un conducteur du GT 516, une assistante sociale, des pilotes, un reporter.
Le Point d'appui 24, tenu par le 2/6e RTM subit un assaut du Viêt-minh dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre. La contre-attaque du 3e BPC, lancée le lendemain matin, permettra de reprendre le Point d'appui.

Retransciption d'une interview du sergent Maurice Verbeugt (Photo R36), probablement réalisée par l'auteur du reportage, accompagnant les légendes d'origine :

"Sergent légionnaire V…(Verbeugt) Maurice, de la 2e compagnie du 3/5e REI.
De taille moyenne, brun, le visage intelligent, éveillé je vais voir le sergent légionnaire V… Maurice qui, dans la nuit du 23 au 4 novembre, à Na San, a subi une grosse attaque des viets, sur un point d'appui.
- Quel âge et combien de service ?
- 25 ans, 3 ans de service et un an de séjour.
- Quelle est votre fonction ?
- Chef de la section de la 2e compagnie.
- A quelle heure se déclenche l'attaque viet ?
- Vers 20 heures. Ca a duré la première fois, jusqu'à minuit ½.
- Pouvez-vous me faire un petit récit de cette attaque ?
- Vonlontiers. En fait, vers 20h15 nous fûmes mis en alerte par le bataillon thaï, placé devant nous, et que les viets venaient d'attaquer. Les thaïs durent décrocher. Nous, nous prîmes nos emplacements de combat. Nous vîmes des gens venir vers nous, par les barbelés. Et nous entendîmes crier " Ne tirez pas, ici Thaï ". Bien que le repli de cette unité n'ait pas été prévu à cet endroit, nous crûmes qu'il s'agissait de fuyards que pourchassaient les viets. Nous ne tirâmes donc pas. Mais en fait ce fut une ruse des viets. Nous trompant, ils rentrèrent dans le PA. Ce fut fait en un éclair. A ce moment là, quelqu'un reconnut la méprise et cria : " Tirez, ce sont les viets ".
Cependant une trentaine de viets sont entrés dans la Point d'appui et une centaine d'autres se préparent à suivre, lorsque nous ouvrons le feu de toutes nos armes. Pendant près de quatre heures les viets ont essayé de nous avoir. Seulement, après la surprise, ils pouvaient toujours y venir.
- Avez-vous eu dans votre section, quelqu'un qui se soit particulièrement distingué ?
- Oui, oui. Tout spécialement le légionnaire L… (Link Kinder) qui, fait prisonnier avec son FM, sous le coup de la méprise et profitant du feu de nos armes, a repris son FM aux mains des viets, est revenu avec des viets qui contre-attaquaient et, profitant du désordre, s'est glissé à son blockhaus, et a aussitôt repris son tir meurtrier… Ca, c'est un beau coup.
- Avez-vous été dans une autre arme avant d'entrer à la Légion?
- Oui. Au service du matériel. Mais les bureaux ne mallaient pas. Je suis venu ici. J'aime la Légion. J'apprécie mes chefs et les hommes de la section; et j'ai bien l'intention de rester à la Légion, jusqu'au bout.
- Que pouvez-vous dire, en conclusion, de cette nuit du 23 au 24 ?
- Eh bien, les viets nous ont joué un tour de salaud. Ils se sont fait passer pour des troupes amies, et l'obscurité aidant, ils ont pénétré dans le Point d'appui. Que faire? Nous ne pouvions pas tirer avant de nous rendre compte de leur identité. Mais à ce moment là, ce fut pour eux. En attendant, mes hommes se sont battus comme des lions, et je suis fier d'eux.
- Avez-vous de la famille en France, qui serait heureuse de voir votre photo dans le journal ?
- Oui, à Boulogne-Billancourt. Cela leur ferait plaisir.

Informations techniques

Nombre de clichés 19
Procédé original Négatif
Support d'origine Acétate
Couleur Noir et blanc

Propriétés

Référence TONK 52-212
Date de début 15/11/0052
Date de fin 30/11/0052
Date de prise de vue 22/11/0052
Photographe(s) Henri Carrignon -
Date 22/11/1952
Lieu(x) Indochine française - Na San - Tonkin -