Section cinématographique de l’armée : le cinéma au service de la propagande française

  • Port-Saïd. A l'hôpital annexe. Asiatiques atteints du " béribéri ". [légende d'origine]
    • Port-Saïd. A l'hôpital annexe. Asiatiques atteints du " béribéri ". [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-01-31
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Castelnau Pierre-Joseph-Paul
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 13 OS 307
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    Port-Saïd. A l'hôpital annexe. Asiatiques atteints du " béribéri ". [légende d'origine]
  • Port-Saïd, le campement des opérateurs de la SPCA. [légende d'origine]
    • Port-Saïd, le campement des opérateurs de la SPCA. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-01-01
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Castelnau Pierre-Joseph-Paul
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 13 OS 369
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    Port-Saïd, le campement des opérateurs de la SPCA. [légende d'origine]
  • Pont-à-Mousson. Sur la place, un opérateur de cinéma. [légende d'origine]
    • Pont-à-Mousson. Sur la place, un opérateur de cinéma. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1916-02-28
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Agié Jacques Gabriel François
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 12 X 406
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    Pont-à-Mousson. Sur la place, un opérateur de cinéma. [légende d'origine]
  • Jérusalem. Arrivée de l'opérateur de la S.P.C.G. [légende d'origine]
    • Jérusalem. Arrivée de l'opérateur de la S.P.C.G. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-07-18
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Castelnau Pierre-Joseph-Paul
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 26 OS 1265
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    Jérusalem. Arrivée de l'opérateur de la S.P.C.G. [légende d'origine]
  • Limey (Meurthe-et-Moselle). Les opérateurs de cinéma. [légende d'origine]
    • Limey (Meurthe-et-Moselle). Les opérateurs de cinéma. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1916-03-04
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Agié Jacques Gabriel François
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 13 X 464
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    Limey (Meurthe-et-Moselle). Les opérateurs de cinéma. [légende d'origine]
  • Auto canon au Lautaret. [légende d'origine]
    • Auto canon au Lautaret. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-11-11
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Helbronner Paul
    • Origine : Helbronner, Paul
    • Référence : D0341-008-001-0009
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    Auto canon au Lautaret. [légende d'origine]
  • Près de Reims,. Un opérateur de la SPCA avec son appareil de cinéma en avion. [légende d'origine]
    • Près de Reims,. Un opérateur de la SPCA avec son appareil de cinéma en avion. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1917-12-16
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Moreau Albert
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 240 M 4685
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    Près de Reims,. Un opérateur de la SPCA avec son appareil de cinéma en avion. [légende d'origine]
  • Toul (Meurthe-et-Moselle). Asile de Luxembourg. Croix-Rouge américaine. Le poste du cinéma. [légende d'origine]
    • Toul (Meurthe-et-Moselle). Asile de Luxembourg. Croix-Rouge américaine. Le poste du cinéma. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-03-01
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 62 X 2374
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    Toul (Meurthe-et-Moselle). Asile de Luxembourg. Croix-Rouge américaine. Le poste du cinéma. [légende d'origine]
  • Soupir, opérateurs de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
    • Soupir, opérateurs de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1917-05-30
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Boulay Maurice Alexis Louis
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 16 BO 873
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    Soupir, opérateurs de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
  • Près de Cambrai, poste anglais d'observation. [légende d'origine]
    • Près de Cambrai, poste anglais d'observation. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-10-02
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Lorée Marcel Adrien Léon
    • Origine : SPCG (service photographique et cinématographique de guerre)
    • Référence : SPA 27 LO 1878
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    Près de Cambrai, poste anglais d'observation. [légende d'origine]
  • Bapaume, un opérateur de cinéma sur le piédestal de la statue de Faidherbe. [légende d'origine]
    • Bapaume, un opérateur de cinéma sur le piédestal de la statue de Faidherbe. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-09-06
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Lorée Marcel Adrien Léon
    • Origine : SPCG (service photographique et cinématographique de guerre)
    • Référence : SPA 26 LO 1808
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    Bapaume, un opérateur de cinéma sur le piédestal de la statue de Faidherbe. [légende d'origine]
  • Reims, Marne, façade de la cathédrale. [légende d'origine]
    • Reims, Marne, façade de la cathédrale. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-08-10
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 9 LM 325
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    Reims, Marne, façade de la cathédrale. [légende d'origine]
  • Longpont, opérateurs de cinéma français et américain. [légende d'origine]
    • Longpont, opérateurs de cinéma français et américain. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-07-20
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 55 W 2323
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    Longpont, opérateurs de cinéma français et américain. [légende d'origine]
  • Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
    • Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1917-04-30
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Moreau Albert
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 191 M 3846
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    Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
  • Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
    • Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1917-04-30
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Moreau Albert
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 191 M 3837
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    Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
  • Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
    • Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1917-04-30
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Moreau Albert
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 191 M 3841
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    Paris, Palais-Royal, construction des baraquements de la Section photographique et cinématographique de l'armée. [légende d'origine]
  • Feuillères, opérateur cinématographique. [légende d'origine]
    • Feuillères, opérateur cinématographique. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1916-10-21
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 2 W 191
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    Feuillères, opérateur cinématographique. [légende d'origine]
  • Palais Royal, baraques de la SPA. [légende d'origine]
    • Palais Royal, baraques de la SPA. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1917-06-01
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Moreau Albert
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 205 M 3987
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    Palais Royal, baraques de la SPA. [légende d'origine]
  • Paris. Manifestation franco-américaine au Gaumont-Palace. La foule à l'entrée. [légende d'origine]
    • Paris. Manifestation franco-américaine au Gaumont-Palace. La foule à l'entrée. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-06-26
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 153 B 7419
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    Paris. Manifestation franco-américaine au Gaumont-Palace. La foule à l'entrée. [légende d'origine]
  • Sammeron (Seine-et-Marne). Troupes américaines montant ligne. Un opérateur de la SPCA. [légende d'origine]
    • Sammeron (Seine-et-Marne). Troupes américaines montant ligne. Un opérateur de la SPCA. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-06-13
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    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 127 S 4601
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    Sammeron (Seine-et-Marne). Troupes américaines montant ligne. Un opérateur de la SPCA. [légende d'origine]
  • Forêt des Koeurs (Meuse). Opérateurs de la SPCA se rendant au front. [légende d'origine]
    • Forêt des Koeurs (Meuse). Opérateurs de la SPCA se rendant au front. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1917-07-08
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 36 Y 1621
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    Forêt des Koeurs (Meuse). Opérateurs de la SPCA se rendant au front. [légende d'origine]
  • Paris. Etablissements Gaumont. Sortie de l'usine. [légende d'origine]
    • Paris. Etablissements Gaumont. Sortie de l'usine. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1916-04-30
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 2 Y 10
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    Paris. Etablissements Gaumont. Sortie de l'usine. [légende d'origine]
  • Souain (Marne). Un opérateur de la SPCA au travail. [légende d'origine]
    • Souain (Marne). Un opérateur de la SPCA au travail. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-02-15
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) : Eywinger Amédée Alphonse
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 61 E 3006
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    Souain (Marne). Un opérateur de la SPCA au travail. [légende d'origine]
  • Vallée du Déjoli. Confluent du Déjoli et de la Zomorica. Opérateur ciné au Déjoli. [légende d'origine]
    • Vallée du Déjoli. Confluent du Déjoli et de la Zomorica. Opérateur ciné au Déjoli. [légende d'origine]
    • Date de fin : 1918-07-19
    • Lieu(x) : Albanie
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPA/SPCA
    • Référence : SPA 157 KW 9735
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    Vallée du Déjoli. Confluent du Déjoli et de la Zomorica. Opérateur ciné au Déjoli. [légende d'origine]
Attention, cette image peut heurter la sensibilité du public
Vallée du Déjoli. Confluent du Déjoli et de la Zomorica. Opérateur ciné au Déjoli. [légende d'origine]
Attention, cette image peut heurter la sensibilité du public
Port-Saïd, le campement des opérateurs de la SPCA. [légende d'origine]

Face à la puissance de la propagande allemande, les autorités françaises créent en février 1915 la Section cinématographique de l’armée, en collaboration avec les professionnels du 7e art. Chargée de documenter le conflit en cours et d’imposer la vision française à travers le monde, cette section va modeler nos représentations de la Première Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui.

Les images au cœur du premier conflit mondial

Feuillères, opérateur cinématographique. [légende d'origine]
  • Feuillères, opérateur cinématographique. [légende d'origine]
  • Date de fin : 1916-10-21
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  • Auteur(s) :
  • Origine : SPA/SPCA
  • Référence : SPA 2 W 191
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Pendant la bataille de la Somme, un opérateur cinématographique filme un canon dont le tube dépasse du camouflage qui le dissimule, près de Feuillères. Il s'...


Été 1914. L’assassinat à Sarajevo de François-Ferdinand, héritier du trône de l’empire austro-hongrois, précipite les plus grandes puissances européennes, toutes reliées par des systèmes d’alliance, dans un conflit d’une dimension inédite. On se prépare un peu partout en Europe à prendre les armes, de la France à la Russie. Mais avant même que les premiers coups de feu résonnent sur les champs de bataille, la guerre a déjà été engagée sur un front nouveau : celui des images.


Influencées par le développement de la presse illustrée ainsi que l’invention de la photographie et du cinéma, deux techniques de reproduction mécanique du réel, les sociétés occidentales changent considérablement leur rapport à l’image au fil du XIXe siècle. Cinéma, albums photos, cartes postales, affiches, publicités, magazines… La demande du public, de plus en plus friand d’images fixes et animées, ne cesse d’augmenter. Les images redéfinissent progressivement le rapport au réel, à l’actualité et à la mémoire.


L’Allemagne, qui a bien compris le pouvoir inhérent aux images, met en place dès la déclaration de guerre un système de propagande audiovisuelle d’une redoutable efficacité. Afin de rallier à sa cause les pays neutres, encore nombreux au début de la guerre, l’armée du IIe Reich leur envoie en masse les images photographiées et filmées par ses troupes. Cette abondance de photographies et de films donne un avantage politique non négligeable à l’Allemagne, qui peut ainsi modeler un peu partout en Europe et dans le monde les représentations que l’on se fait de la guerre – au détriment du camp adverse.


Beaucoup moins avancée que son voisin d'outre-Rhin en matière de propagande, la France met plusieurs mois à mettre sur pied une stratégie lui permettant de contrôler toutes les informations ayant trait à la guerre. Sont créés successivement le Bureau de la presse (septembre 1914), la Section d’information (octobre 1914) et le Bureau des informations militaires (février 1915) pour mettre en œuvre la propagande française. Mais le rôle que peuvent jouer les images est ignoré par la grande majorité des autorités militaires durant les premiers mois du conflit. À tel point que, lorsque des images sont projetées dans des salles de cinéma, il s’agit généralement d’images provenant de pays étrangers, parfois même d’Allemagne !


Le cinéma, un secteur utile mais inexploité

Paris. Manifestation franco-américaine au Gaumont-Palace. La foule à l'entrée. [légende d'origine]
  • Paris. Manifestation franco-américaine au Gaumont-Palace. La foule à l'entrée. [légende d'origine]
  • Date de fin : 1918-06-26
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) :
  • Origine : SPA/SPCA
  • Référence : SPA 153 B 7419
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Un caméraman , juché sur un camion sanitaire du "1st military hospital", filme l'entrée du Gaumont Palace à l'occasion d'une fête franco-américaine.

Cette absence d’images est problématique pour les autorités françaises – elles s’en rendront compte quelques mois plus tard, au début de l’année 1915 –, mais pas seulement. L’industrie du cinéma et les agences de presse pâtissent du manque de considération de l’armée française pour les images. Manquant de bras (une grande partie du personnel a été réquisitionné), d’usines (elle participe à l’effort de guerre) et de financement (la fermeture des salles de cinéma n’arrange rien), l’industrie du cinéma est quasiment à l’arrêt dans les premiers mois du conflit.


Pour relancer le secteur, les professionnels proposent donc de réaliser des images du conflit. Après tout, la plupart des firmes réalisent déjà des actualités filmées, il serait tout à fait logique de couvrir la guerre pour tenir au courant la population. La proposition n’est pas anodine : les patrons de l’industrie cinématographique savent que les images de la guerre leur permettront d’attirer le public et de réaliser d’importants profits. Reste encore à convaincre l’armée de les laisser filmer, ce qui n’est pas une mince affaire…


En novembre 1914, tandis que quelques journalistes français et étrangers sont envoyés pour la première fois sur le front afin de couvrir le conflit, les sociétés Pathé et Gaumont en profitent pour demander l’autorisation d’envoyer des opérateurs. Leur demande est refusée, comme elles l’ont toutes été depuis le début du conflit. Les réticences sont nombreuses au sein de l’armée, qui ne sait pas encore ce qu’elle pourrait tirer de telles images mais craint en revanche que l’ennemi puisse s’en servir contre elle.


Le SCA, ou la rencontre inédite de l’État et des syndicats


Port-Saïd. A l'hôpital annexe. Asiatiques atteints du " béribéri ". [légende d'origine]
  • Port-Saïd. A l'hôpital annexe. Asiatiques atteints du " béribéri ". [légende d'origine]
  • Date de fin : 1918-01-31
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) : Castelnau Pierre-Joseph-Paul
  • Origine : SPA/SPCA
  • Référence : SPA 13 OS 307
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L'opérateur en train de filmer à l'hôpital de Port Saïd..Note : le caméraman est Jean Prache.

L’idée d’un service d’information et de propagande par l’image fait son chemin au fil des mois. Déjà en octobre 1914, l’ancien sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts Léon Bérard avait soumis au gouvernement un projet qui n’avait pas abouti. Quelques mois plus tard, alors que la guerre s’enlise dans les tranchées boueuses au nord et à l’est de la France, les autorités civiles et militaires françaises prennent conscience du rôle que peuvent jouer les images dans le maintien du moral des troupes et de la population.


Pressé par Léon Gaumont et Charles Pathé, le ministre de la Guerre Alexandre Millerand donne son accord en février 1915 pour que soit créée la Section cinématographique des armées (SCA). Celle-ci résulte d'un accord entre le ministère de la Guerre et la chambre syndicale de la cinématographie. La Section photographique des armées (SPA) est créée quant à elle peu de temps après à l’initiative des ministères de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, de la Guerre et des Affaires étrangères en collaboration avec la chambre syndicale de la photographie. Bien qu’indépendantes, la SCA et la SPA collaboreront régulièrement ensemble jusqu’à leur fusion le 6 février 1917.


À lire ensuite : Pierre Schoendoerffer, le cinéaste de la guerre d’Indochine


À la logique commerciale des chambres syndicales, qui espèrent pouvoir relancer leur activité, répond la double logique des autorités, à la fois idéologique et archivistique. La SCA, tout comme la SPA, a pour objectif premier de contrer la propagande allemande. Pour ce faire, il faut produire des images, en masse, qui mettent en avant la France et son armée, valorisant le comportement irréprochable de ses troupes et la bravoure de ses soldats. Mais la SCA a également la responsabilité de documenter le conflit et les dommages de guerre afin de produire des archives qui permettront de prouver la responsabilité de l’Allemagne et de conserver la mémoire de cette guerre.


La SCA fonctionne avec le concours des quatre principales firmes cinématographiques françaises de l’époque : Pathé, Gaumont, Éclair et Éclipse. Lors de la création de la section, chaque établissement est représenté par un opérateur de prise de vues mobilisé dans l’armée. Ils seront rejoints par des dizaines d’autres opérateurs au fil du conflit. Les firmes prennent en charge l’ensemble de la chaîne de production des images, depuis le tournage jusqu’à la diffusion. Ce sont elles qui se chargent du développement des négatifs envoyés à l’arrière une fois les images mises en boîte, puis du montage des films, indépendamment des autorités civiles et militaires qui n’interviennent que sur le produit monté en délivrant l’autorisation de diffusion. De février 1915 à janvier 1917, les maisons de cinéma gardent les originaux des films qui ont été montés et publiés - ce sont elles qui conservent une partie de ces films encore aujourd'hui. Durant cette période, la SCA ne garde quant à elle que les originaux des films qui ont été « réservés » ou interdits.

La SCA jouit d’une certaine autonomie durant ses premiers mois d‘existence. En effet, une fois obtenue l’autorisation de la commission, les firmes qui ont produit les films sont libres de diffuser les bandes comme elles l’entendent. Leur seule obligation est de faire apparaître la mention « vues prises avec l’autorisation de l’autorité militaire » lors de la diffusion des films pour attester de leur caractère officiel.



Censurer pour protéger les intérêts de la France


Longpont, opérateurs de cinéma français et américain. [légende d'origine]
  • Longpont, opérateurs de cinéma français et américain. [légende d'origine]
  • Date de fin : 1918-07-20
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) :
  • Origine : SPA/SPCA
  • Référence : SPA 55 W 2323
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Le village de Longpont a été conquis par le régiment d'infanterie coloniale du Maroc (RICM) le 18 juillet 1918 avec le soutien de la 2e DI US (division d'inf...

Si la SCA jouit d’une certaine autonomie durant ses premiers mois d‘existence – les firmes cinématographiques sont libres de diffuser comme elles l’entendent les bandes qu’elles ont produites –, ses activités sont néanmoins surveillées de près. Parce qu’elles prennent conscience du pouvoir des images, les autorités civiles et militaires mettent en place un système de censure afin de s’assurer que les images diffusées servent l’intérêt de la France.


La censure est assurée par le Bureau de la presse, chargé d’accorder ou de refuser au niveau national l’autorisation de diffusion aux bandes tournées par le SCA. Aucune image du conflit, que celle-ci ait été prise au front ou à l’arrière, ne peut être diffusée sans leur accord. À ce premier niveau de censure s’ajoute un second, assuré cette fois-ci par les autorités locales. Les préfets et les maires ont en effet le droit, quand ils estiment que l’ordre public est menacé, d’interdire la diffusion d’un film. Plus marginal, ce type de censure met en évidence des différences d’appréciation entre les régions, dont les populations n’ont pas la même expérience de la guerre.


Deux types de bandes d’actualités sont censurées par le Bureau de la presse : celles qui sont susceptibles de révéler des informations déterminantes à l’ennemi (ces images constituent la grande majorité des documents censurés) et celles qui pourraient desservir la propagande française, à l’intérieur même du pays comme à l’étranger. Sont notamment interdites les images qui dévoilent les positions des troupes et de l’artillerie, le type d’armes utilisées, les prisonniers allemands ou encore les cadavres de soldats français.


Les premiers soldats de l'image


Bapaume, un opérateur de cinéma sur le piédestal de la statue de Faidherbe. [légende d'origine]
  • Bapaume, un opérateur de cinéma sur le piédestal de la statue de Faidherbe. [légende d'origine]
  • Date de fin : 1918-09-06
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) : Lorée Marcel Adrien Léon
  • Origine : SPCG (service photographique et cinématographique de guerre)
  • Référence : SPA 26 LO 1808
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La ville de Bapaume est entièrement dévastée par les années de bombardements. La ville est libérée le 29 août 1918 par les troupes britanniques. Un opérateur...

Derrière les images tournées se cachent des opérateurs de prise de vues que l’on surnommera plus tard « soldat de l’image », en référence à leur double condition de soldat et de reporter d’images. La plupart des opérateurs mobilisés sont des professionnels qui ont été formés avant d’être incorporés dans l’armée. Qu’ils aient travaillé dans le monde des actualités ou celui de la fiction, ils sont rompus aux ficelles du métier et font preuve d’inventivité pour s’adapter aux conditions de tournage difficiles.


Le métier d'opérateur de prise de vues en temps de guerre est moins dangereux que celui des soldats traditionnels. Chargé d’un trépied, d’une caméra, de boîtes de pellicules et de différents accessoires, le tout avoisinant les cinquante kilos, l’opérateur se déplace lentement, ce qui en fait une proie facile pour l’ennemi. Il est d’autant plus vulnérable que, pour obtenir des images saisissantes aux cadres bien construits, il est obligé de se mettre en hauteur, à découvert.


Du point de vue technique, les opérateurs doivent s’accommoder des contraintes météorologiques imposées par le tournage en plein-air. La luminosité y est souvent trop faible, ce qui les oblige à ralentir la vitesse à laquelle ils tournent la manivelle de leur appareil, passant de seize à douze images par seconde. Si elle permet d’avoir des images plus lumineuses, cette technique n’est pas sans incidence sur la projection : les images projetées subiront un effet d’accélération par rapport à des images tournées à la vitesse normale.


Placés sous l’autorité d’un officier, les opérateurs de prise de vues ne sont pas libres de filmer ce qu’ils veulent et doivent obéir aux ordres. Leur matériel ne pouvant être installé n’importe où, ils sont bien souvent cantonnés aux seconde et troisième lignes, voire à l’arrière du front, ce qui les empêche de filmer le cœur même de la guerre, à savoir les combats. La plupart des images filmées concernent la vie quotidienne des soldats au front ou à l’arrière, les images les plus impressionnantes étant celles d’explosions et de tirs de canons. De nombreuses images sont également consacrées à l’effort de guerre et aux destructions provoquées par le conflit. Contraints tant par les conditions de tournage que par le matériel dont ils disposent, ils n’hésitent pas à mettre en scène les soldats qu’ils filment voire à reconstituer des scènes qui seront pourtant souvent présentées comme authentiques.


Une mise en sommeil de vingt ans


Limey (Meurthe-et-Moselle). Les opérateurs de cinéma. [légende d'origine]
  • Limey (Meurthe-et-Moselle). Les opérateurs de cinéma. [légende d'origine]
  • Date de fin : 1916-03-04
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) : Agié Jacques Gabriel François
  • Origine : SPA/SPCA
  • Référence : SPA 13 X 464
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Deux opérateurs, de la SPA (section photographique des armées) et de la SCA (section cinématographique des armées) filment et témoignent de la représentation...

Agacé par le monopole de la chambre syndicale concernant la diffusion des films – la SPA avait déjà rompu son accord avec la chambre syndicale de la photographie en novembre 1915 –, le général Lyautey annonce en janvier 1917 la fusion de la SCA et de la SPA au sein de la Section photographique et cinématographique de l’armée (SPCA). La réunion de la SCA et de la SPA a pour objectif de concentrer la propagande par l’image en un seul et même service. La SPCA continuera néanmoins de collaborer avec les firmes cinématographiques, notamment pour la diffusion de ses films.


La SPCA est remplacée le 18 août 1918 par le Service photographique et cinématographique de la guerre (SPCG) et placée sous la direction du cabinet de Georges Clemenceau. La SPCG continue de filmer sur le front d’Orient après l’armistice conclu avec l’Allemagne avant d’être dissoute le 10 septembre 1919. Le pôle photo est mis en sommeil tandis qu’une section cinématographique est rattachée au Service géographique de l’armée.


Le Service photographique et cinématographique des Beaux-Arts est créé en 1921 afin de conserver les 120 000 clichés et 2 000 films réalisés par l’armée au cours du conflit. Placé sous la tutelle du sous-secrétariat aux Beaux-Arts, le service devient à partir du 31 décembre 1921 la Société des archives photographiques et cinématographiques d’art et d’histoire. Ces images sont aujourd’hui majoritairement conservées par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD).


Il faut attendre 1939 et le début de la Seconde Guerre mondiale pour que la section soit pleinement réactivée sous le nom de Service cinématographique des armées. Il fusionne alors avec le Service cinématographique de la Marine (créé en 1936) et le Service cinématographique de l’air (créé en 1937). Le SCA continuera d’évoluer après la fin de la Seconde Guerre mondiale, poursuivant ses misions partout où intervient l’armée française. Il devient l’Établissement cinématographique des armées (ECA) en 1961, puis l’Établissement cinématographique et photographique des armées (ECPA) en 1969 et finalement l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense en 2001.

Maxime Grandgeorge


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