Valérie André, « Madame le général »

  • Le médecin-capitaine Valérie André, pilote d'hélicoptère, décorée par M. Letourneau, ministre des Etats associés.
    • Le médecin-capitaine Valérie André, pilote d'hélicoptère, décorée par M. Letourneau, ministre des Etats associés.
    • Date de fin : 1952-07-10
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPI (service presse information)
    • Référence : TONK 52-144 R1
    • Accéder à la notice
    Le médecin-capitaine Valérie André, pilote d'hélicoptère, décorée par M. Letourneau, ministre des Etats associés.
  • L'hélicoptère sanitaire Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André, au cours d'une évacuation sanitaire au Tonkin.
    • L'hélicoptère sanitaire Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André, au cours d'une évacuation sanitaire au Tonkin.
    • Date de fin : 1954-06-13
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPI (service presse information)
    • Référence : TONK 52-144 R2
    • Accéder à la notice
    L'hélicoptère sanitaire Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André, au cours d'une évacuation sanitaire au Tonkin.
  • Évacuation d'un blessé par hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
    • Évacuation d'un blessé par hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
    • Date de fin : 1952-07-10
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPI (service presse information)
    • Référence : TONK 52-144 R5
    • Accéder à la notice
    Évacuation d'un blessé par hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
  • Évacuation d'un blessé à l'aide d'un hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
    • Évacuation d'un blessé à l'aide d'un hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
    • Date de fin : 1952-07-10
    • Lieu(x) :
    • Auteur(s) :
    • Origine : SPI (service presse information)
    • Référence : TONK 52-144 R6
    • Accéder à la notice
    Évacuation d'un blessé à l'aide d'un hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
Attention, cette image peut heurter la sensibilité du public
Évacuation d'un blessé à l'aide d'un hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
Attention, cette image peut heurter la sensibilité du public
L'hélicoptère sanitaire Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André, au cours d'une évacuation sanitaire au Tonkin.

Médecin militaire, chirurgien, pilote d’hélicoptère, parachutiste… Valérie André a su s’imposer dans l’armée comme aucune autre femme avant elle. À l’occasion de son centième anniversaire, célébré le 21 avril 2022, ImagesDéfense vous fait revivre la carrière hors-normes de la première femme général de l’armée française.


Un rêve d’enfant

Mars 1920. Escadre anglaise à Alger. Le pont supérieur de l'"Argus", bateau porte-avions. L'avion atterrit : des pinces, plusieurs en-dessous de l'appareil, agrippent les cables en fer tendus parallèlement sur les planches et forment frein. [légende d'origine]
  • Mars 1920. Escadre anglaise à Alger. Le pont supérieur de l'"Argus", bateau porte-avions. L'avion atterrit : des pinces, plusieurs en-dessous de l'appareil, agrippent les cables en fer tendus parallèlement sur les planches et forment frein. [légende d'origine]
  • Date de fin : 1920-03-31
  • Lieu(x) : Alger
  • Auteur(s) :
  • Origine : Mesple, Henri André
  • Référence : D0140-006-001-0236
  • Accéder à la notice

C’est avec des étoiles plein les yeux que Valérie André regardait les avions voler dans le ciel lorsqu’elle était enfant. « Je serai aviatrice », affirmait-elle avec assurance à ses parents, probablement amusés par l’adorable audace de leur fille. « C’est un rêve de gosse, ça lui passera », pensaient-ils alors, se contentant de lui répondre par un sourire attendri. Ils étaient bien loin d’imaginer que leur fille s’accrocherait avec ténacité à son rêve. La scène se déroule au tournant des années 1920 et 1930, à une époque où les femmes pilotes d’avion ne courent pas les aérodromes. Si certaines intrépides se sont déjà frottées avec succès à l’aviation au début du siècle – l’Histoire n’a retenu le nom que d’une poignée d’entre elles, dont Thérèse Peltier, Élisa Deroche et Marthe Niel –, elles font encore figure d’exceptions lorsque la petite Valérie André contemple le ciel avec ses grands yeux enfantins.


Loin d’être une simple lubie d’enfant, l’aviation devient au fil des années une véritable passion pour Valérie André. Profitant de l’essor de l’aviation populaire, programme lancé en 1936 par Pierre Cot et Jean Zay, respectivement ministres de l’Air et de l’Éducation nationale du Front populaire, la jeune femme prend ses premiers cours de pilotage en 1939 dans un aéroclub de Strasbourg. Mais les cours sont précocement interrompus lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale. Valérie André voit s’éloigner au loin les avions dont elle avait si longtemps rêvé, sans savoir si elle les reverra un jour. Elle quitte sa ville natale pour Clermont-Ferrand, où a été délocalisée l’Université de Strasbourg dans laquelle elle étudie la médecine, sa deuxième passion. En 1942, lorsque les Allemands envahissent la zone libre, l’étudiante alsacienne se réfugie à Paris afin de ne pas être envoyée en Allemagne.


Un élève parachutiste en plein vol.
  • Un élève parachutiste en plein vol.
  • Date de fin : 1944-02-29
  • Lieu(x) : Inconnu
  • Auteur(s) :
  • Origine : SCA
  • Référence : TERRE 158-3471
  • Accéder à la notice
Le parachutiste manoeuvre pour se diriger vers l'objectif qui lui est assigné.

Valérie André poursuit ses études de médecine à Paris et obtient son diplôme en 1947. Pour sa thèse de doctorat, elle décide d’associer ses deux passions, l’aviation et la médecine, et choisit comme sujet la « pathologie du parachutisme ». Elle y propose un point de vue original sur ce « sport qui fait appel aux ressources les plus profondes de l'être pour l'exécution d'un acte considéré comme antinaturel : le saut dans le vide ». Parallèlement à la rédaction de sa thèse, Valérie André, qui a repris depuis les cours de pilotage, réalise son premier saut en parachute dans le cadre d’une mission de préparation parachutiste qu’elle encadre en tant que médecin. La fièvre parachutiste ne la quittera plus dès lors, à tel point qu’elle obtient son brevet de parachutisme en 1948, l’année de parution de sa thèse.


Pionnière de l’hélicoptère en Indochine

Le médecin-capitaine Valérie André, pilote d'hélicoptère, décorée par M. Letourneau, ministre des Etats associés.
  • Le médecin-capitaine Valérie André, pilote d'hélicoptère, décorée par M. Letourneau, ministre des Etats associés.
  • Date de fin : 1952-07-10
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) :
  • Origine : SPI (service presse information)
  • Référence : TONK 52-144 R1
  • Accéder à la notice

En 1949, son maître de thèse Léon Binet incite les jeunes médecins à s’engager dans le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient pour partir en Indochine, où les médecins manquent terriblement. Attirée par cette extraordinaire aventure qui s’offre à elle, Valérie André n’hésite pas un seul instant à se porter volontaire et débarque en Indochine en tant que médecin-capitaine le 9 janvier 1949. Elle est d’abord affectée à l'hôpital de My Tho puis à l’hôpital Costes à Saigon, où elle exerce en tant qu’adjointe en neurochirurgie. Lorsque ses supérieurs découvrent qu’elle possède un brevet de parachutiste, Valérie André réalise un stage en chirurgie militaire afin d’être envoyée sur le terrain pour secourir les soldats blessés dans des zones accidentées, uniquement accessibles par parachutage.


C’est lors d’une mission que Valérie André découvre l’hélicoptère et ses formidables potentialités. Encore assez peu utilisé par l’armée à l’époque, cet appareil possède plusieurs avantages par rapport aux avions ou au parachutage, auxquels il emprunte la rapidité et la mobilité. Les possibilités d’atterrissage de l’hélicoptère sont beaucoup importantes que celles de l’avion, qui ne peut pas se poser sur un terrain trop accidenté. Quant au parachutage, il oblige le médecin à soigner les blessés sur place ; une fois sa mission accomplie, il doit rejoindre un endroit lui permettant d’être récupéré par un avion. Avec l’hélicoptère, le pilote-médecin peut rapatrier les blessés au plus vite, évitant ainsi de le soigner dans des conditions sanitaires la plupart du temps déplorables.


Évacuation d'un blessé par hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
  • Évacuation d'un blessé par hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
  • Date de fin : 1952-07-10
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) :
  • Origine : SPI (service presse information)
  • Référence : TONK 52-144 R5
  • Accéder à la notice

Consciente des possibilités offertes par ce nouvel appareil, Valérie André supplie ses supérieurs de la laisser suivre une formation de pilote. À force d’insistance, elle obtient gain de cause et rejoint l’école de pilotage de Pontoise en juin 1950. Elle y est formée pendant plusieurs mois par le capitaine Alexis Santini, qu’elle retrouvera peu après en Indochine, et avec lequel elle se mariera en 1963. Son brevet de pilote en poche, elle revient en Indochine en octobre. Contrainte de poursuivre ses activités à l’hôpital, Valérie André dispose de peu de temps pour voler, d’autant plus que son nombre d’heures de vol ne lui permet pas encore de piloter seule. Elle réalise sa première mission sous la supervision du capitaine Santini en janvier 1951. Elle effectuera au total cent-vingt vols et assurera l’évacuation de cent soixante-cinq blessés.


Pleinement investie dans sa mission, Valérie André ne recule devant rien. Besoin de quelqu’un pour expérimenter le sauvetage de pilotes crashés ? Elle accepte de jouer les cobayes ! Besoin de secourir un soldat dans un milieu hostile ? Elle saute en parachute avant d’entreprendre un long périple pour être récupérée, escortée par vingt-quatre hommes ! Tout comme les soldats qu’elle soigne, elle découvre les longues marches dans la jungle, la chaleur et les sangsues. Médecin dévoué, elle soigne également de nombreux civils durant ses missions effectuées dans des coins reculés. Les Méo, l’une des tribus qu’elle rencontre au Laos, la surnomme même « la femme-descendue-du-ciel ».


Une femme dans un monde d’hommes

L'hélicoptère sanitaire Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André, au cours d'une évacuation sanitaire au Tonkin.
  • L'hélicoptère sanitaire Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André, au cours d'une évacuation sanitaire au Tonkin.
  • Date de fin : 1954-06-13
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) :
  • Origine : SPI (service presse information)
  • Référence : TONK 52-144 R2
  • Accéder à la notice

Rare femme dans un monde d’hommes, Valérie André ne ménage pas ses efforts pour se faire une place dans l’armée. C’est à force de persévérance qu’elle obtient le droit de piloter, mission habituellement réservée aux militaires hommes, ce qui provoque des crises d’urticaire chez certains gradés qui désapprouvent ses activités. Lorsqu’elle retourne en Indochine après avoir suivi une formation de pilote d’hélicoptère en France, Valérie André découvre qu’un rapport la concernant circule dans les bureaux de la direction du Service de Santé. Il y est question des sauts en parachute qu’elle effectue, sauts qui nuiraient au « prestige masculin », écrit-elle dans son autobiographie.


D’autres ne cachent pas leur surprise, impressionnés qu’une femme pilote des hélicoptères et saute en parachute. Larguée par un avion pour venir secourir un blessé lors d’une de ses missions, Valérie André atterrit devant un sergent médusé de voir une femme en combinaison militaire tomber du ciel. « Alors, qu’attendez-vous pour aider le docteur ? », lui lance un lieutenant également présent. « Mais, mon lieutenant, j’attendais un type », lui répond le sergent, complètement ahuri. Son courage impressionne et ses exploits contribuent à lui forger une réputation qui la fait connaître en métropole. En 1954, le dessinateur de bande dessinée Albert Uderzo lui consacre même une planche dans le magazine Bonnes soirées.


Malgré les réticences des uns et les remarques des autres, qu’elle tente toujours de prévenir avec fermeté mais humour, Valérie André gravit un à un les échelons hiérarchiques. Reconnue pour ses talents de pilote, elle rejoint le centre de vol expérimental de Brétigny-sur-Orge en 1953. En 1959, elle est affectée en Algérie en tant que médecin-chef et pilote d’hélicoptère, où elle réalise trois cent soixante-cinq missions. Après la guerre d’Algérie, elle poursuit sa carrière d’officier du Service de Santé et devient conseillère auprès du Commandement du transport aérien militaire (COTAM). Plus rien ne saura arrêter son ascension à présent. Elle est promue lieutenant-colonel en 1965, colonel en 1970 et médecin général en 1976, devenant ainsi la première femme général de l’armée française – ce qui lui vaut le surnom de « Madame le général ».


Évacuation d'un blessé à l'aide d'un hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
  • Évacuation d'un blessé à l'aide d'un hélicoptère Hiller 360 piloté par le médecin-capitaine Valérie André.
  • Date de fin : 1952-07-10
  • Lieu(x) :
  • Auteur(s) :
  • Origine : SPI (service presse information)
  • Référence : TONK 52-144 R6
  • Accéder à la notice


Elle prend sa retraite en 1981, quelques mois seulement après avoir été promue médecin général inspecteur, mais continue de promouvoir l’aviation. Elle participe notamment à la fondation de l’Académie de l’Air et de l’Espace, qui ouvre ses portes le 21 novembre 1983, deux siècles jour pour jour après l’envol de la première montgolfière. Les gouvernements successifs rendent hommage à sa carrière hors du commun. Valérie André est élevée à la dignité de Grand-croix de l'ordre national du Mérite en 1987 puis à celle de Grand-croix de l'ordre national de la Légion d'honneur en 1999, devenant la troisième femme à recevoir cette distinction.


En 2010, le chef d'état-major de l'armée de l'Air Jean-Paul Paloméros répare une injustice vieille de soixante ans en lui remettant son brevet militaire de pilote d’hélicoptère – elle n’avait jusqu’ici reçu qu’un diplôme civil à la fin de sa formation. Mais que peut bien représenter ce simple morceau de papier pour une femme de près de quatre-vingt-dix ans qui a 3 200 heures de vol derrière elle ? Peut-être l’ultime reconnaissance d’une armée qui, si elle a d’abord rechigné à l’accueillir en son sein, a su reconnaître en elle le militaire d’exception qu’elle est.


Maxime Grandgeorge


Pour aller plus loin

Pour en savoir plus sur le rôle des femmes pendant la Guerre d'Indochine, découvrez le documentaire Indochine : quand les femmes entrent en guerre, coproduit par l'ECPAD.

 

Découvrez également dans notre boutique différents ouvrages et films sur les femmes militaires et la Guerre d'Indochine :


<< FOCUS